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Dimanche 9 décembre 2007
Ce texte est dédié à l'attention d'un confrère de plume  qui a osé, un jour, me comparer  à Brown. Pauvre  Frédéric.
Ceci étant, je le remercie, car c'est bien sympathique, même si j'ai bien été obligé de lui conseiller d'acheter des lentilles, ou autres légumes secs.


Ce samedi là, j’étais seul à la maison, un week-end de vacances, la petite famille étant partie se ressourcer à la campagne.

Je m’apprêtais à passer une soirée de rêve devant la cheminée, un pack de bière,  un bon livre, le pied ! Je m’étais même préparé un petit plateau repas, histoire de n’être pas obligé de me lever au milieu d’un chapitre palpitant. Le roman, Noires racines de Pierre Pelot, un de mes auteurs fétiches[1].

Dehors il faisait nuit noire et le vent dansait une sarabande. C’était le week-end d’halloween, une ambiance propice à ma lecture.

On sonna à la porte, bon, à la fenêtre c’eut été plus inquiétant. Machinalement je regardai la pendule 11h45. Qui cela pouvait-il bien être ? Je me levai, rassuré par mon mètre quatre vingt dix, mes cent dix kilo, mes ceintures noires de judo et karaté[2], quand je pense qu’étant jeune j’aurais pu être la doublure de Bruce Lee, en fait il ne me l’a jamais demandé[3]. Bref j’allai ouvrir.

Quelle ne fut pas ma stupeur, sans tremblement, s’il vous plaît, de me trouver face à un fantôme ; enfin, un drap avec un masque style « Scream ».

Les deux cannettes de bière, déjà ingurgitées aidant, je m’enhardis et demandai :

- C’est pourquoi ?

En réponse j’eu le droit à un rire gras.

- Bon, je sais, c’est halloween mais je n’ai pas de bonbons.

Une voix me répondit alors

– Une bière m’ira très bien.

La voix était étrange, allant du grave à l’aigu, une voix déguisée. J’étais victime d’une farce et j’avais envie de rentrer dans le jeu.

J’invitai mon fantôme et lui indiquai le salon.

Comme il me précédait, je remarquai sa démarche légère, il semblait glisser, aérien.

Tout de suite il me vint à l’esprit qu’une femme s’était glissée sous ce drap, peut-être n’avait-elle que ce drap comme vêtement.

Cette idée m’amusa et m’excita un peu. Mais je voulais jouer le jeu sans prendre aucun raccourci.

Je proposai à mon fantôme de s’asseoir sur le canapé, ce qu’il fit avec une légèreté déconcertante. J’imaginai ce petit bout de femme, nue sous son drap, assise sur ses jambes repliées. Nous trinquâmes, une canette à la main, comme des hommes. Je souriais.

- Quel brise vous amène Monsieur le fantôme ?  Dis-je d’un ton enjoué

Alors que j’attendais la réponse, j’essayais de deviner quelle voisine, quelle connaissance avait bien pu se dissimuler ainsi.

- Je suis le fantôme de Frédéric Brown, vous vous doutez, je pense, de la raison de ma présence ?

La voix avait gagné en assurance mais oscillait toujours sur deux ou trois octaves.

Je pris mon ton le plus docte et répondis :

- Non, je ne vois vraiment pas ce qui me vaut l’honneur de votre présence très cher Frédéric.

J’avais bien appuyé la fin du prénom, comme s’il y avait un « e » histoire de lui faire comprendre que je n’étais pas dupe.

- Vous avez une certaine audace, Monsieur…

- Menvussa, Gérard Menvussa !

Mon fantôme pouffa de rire. Je jouai les outragés

- Qu’est-ce donc qui vous amuse à ce point, mon nom serait-il comique ?

Mais il se ressaisit et continua

- Pensez-vous, qu’il soit correct,  de vous faire passer pour moi, cet hurluberlu qui compare votre médiocrité à mon talent ! Pensiez vous que je ferais la sourde oreille.

La discussion prenait un ton auquel je ne m’attendais pas, cette coquine veut se la jouer, me dit une petite voix dans ma tête. Un point cependant se heurtait à ma raison, comment pouvait-elle être au courant du mail que j’avais reçu ce matin même.

 

 

N’ayant pas de réponse satisfaisante et désireux de tenir mon rang dans cette joute oratoire je préfère ne pas en tenir compte ; il y a une explication que l’on découvrira en temps voulu.

- Cher Frédéric, je vous trouve bien hautain, mon talent s’il n’égale pas encore le vôtre ne mérite cependant pas que vous traitiez de la sorte.

La fantomette, car il ne fait plus aucun doute que c’est une femme, la voix en s’accélérant a perdu toute tonalité masculine, se radoucit.

- Soit, vous ne manquez pas de répartie, il y a quelques idées plaisantes, néanmoins de là à vous comparer à moi !

- Cher Frédéric, sachez que je ne contrôle pas les élans de sympathie des auteurs de ce site.

- De ce quoi ?

- De ce site, sur le Web, vous savez…

- Non, je ne sais pas et cessez de me prendre pour un demeuré, qui est ce Web, un ami à vous ?

Je commençais à trouver la plaisanterie un peu lourde, mais bon, un jeu est un jeu. Je m’armais de patiente et expliquais ce qu’étais le web. J’avais la curieuse impression de faire un cours à l’idiot du village, mais un idiot qui s’exprimait parfaitement et qui de surcroit me semblait posséder une culture générale hors du commun pour tout ce qui pouvait avoir plus de quarante ans d’âge. D’ailleurs à ce propos il abandonna la bière pour passer au whisky, et ce après trois canettes. Je continuais à la bière.

La bière, si elle vous soule moins vite que le whisky, vous donne des envies pressantes ; je m’excusais donc un instant, me demandant soudainement, alors que j’étais occupé par ailleurs, s’il était bien prudent de la laisser seule dans le salon.

De retour, je constatais que mon fantôme avait quitté le canapé pour étudier le contenu de ma bibliothèque. Les œuvres de  F. Brown y figuraient en bonne place et mon invitée semblait toute contente de les y trouver. Je ne pus m’empêcher de penser qu’elle était un peu déjantée en espérant qu’elle ne soit pas en plus cleptomane.

- Mais je vois que vous possédez mon œuvre complète !

- Oui, Frédéric Brown est en effet un de mes auteurs préférés et siège en bonne place à côté de Dick, Asimov, Curval, Steiner…

- Oui, oui ! Tout ça est très intéressant et plaide en votre faveur.

Des faveurs, allait-on enfin aborder le vif du sujet ?  Par le plus grand des hasards, mon regard se porta alors sur le coin de canapé que mon hôte avait précédemment occupé. Quelle ne fut pas ma colère en constatant que la belle, ou supposée telle, s’y était outrageusement oubliée. Me rapprochant alors je pus sentir l’odeur de la bière mélangée à celle du whisky.

Mon sang ne fit qu’un tour, au diable les fantasme, il est des réalités qui ne passent pas.

Je me précipitais vers elle en l’invectivant.

- Si vous ne supportez pas l’alcool, ne vous croyez pas obligée de faire semblant et de tout me balancer sur le canapé. Et puis carnaval, c’est passé, bas les masques !

Je lui arrachais sa pâle figure en pvc véritable.

- Vous pourriez au moins….

Je reculais d’un pas, tétanisé, mon cœur passa subitement la troisième.

- Et alors ! Vous vous attendiez à une tête de mort ?

- Je, je…

- Je suis mort en 1969, soyez heureux de n’avoir affaire qu’à mon âme, qu’à mon esprit, ma dépouille serait quant à elle fortement repoussante.

 

Vous me croirez ou non, mais la suite de la soirée qui se prolongea  jusqu’aux aurores fut des plus agréables. Nous dissertâmes (Fallait le placer celui là) de choses et d’autres, de littérature, de l’évolution de la société, des nouvelles inventions et découvertes.

Le coq chanta. Un coq, un vrai, lançant un cocorico retentissant ; c’est à croire qu’il l’avait apporté avec lui car je n’en connaissais pas dans le voisinage.

Je reconduisis le fantôme de Frédéric Brown jusqu’au seuil de ma demeure et le vis, ému, se fondre dans les brumes du petit matin.

Cette histoire, véridique s’il en est, laissera dans ma mémoire un sillon profond que le temps ne saura effacer.

Oh toi qui te reconnaitras sûrement, ceci dit sans aucune rancœur, méfie toi si tu me compares encore à quelque auteur.

Frédéric possédait un humour, humour posthume, que d’autres n’auront peut-être pas.



[1] Véridique.

[2] Totalement faux : 1m80 et ceinture de pantalon à deux crans.

[3] On peut rêver !




Par Gerard Menvussa - Publié dans : Humour
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Jeudi 6 décembre 2007

L’informatique, le Web, pas toujours très « Net ».

Fulgurance de la communication, tiens un petit clin d’œil.


Je suis Attila roi des Huns, AT pour les intimes.

Roi des uns et des autres aussi.

Des uns et des zéros, c’est fou ce qu’il y en a parmi mes Huns.

J’ai inventé l’hunformatique, hunformation hunformelle.

Je vous sens septique, hun que ça pue le scepticisme !

Mes rapports avec autrui et avec vos truies aussi, n’ont rien de virtuels.

Là où je passe l’herbe ne repousse pas, à ce que l’on dit. Mais l’herbe on s’en moque, j’ai arrêté de fumer. Les têtes ne repoussent pas non plus et c’est beaucoup plus parlant… oui une tête qui tombe, ça me parle à moi.

J’ai inventé le boulier, un grand châssis en bois avec brochettes de têtes pour apprendre à compter. Quelques esprits chagrins ne reconnaissant pas, pour cette invention, ma paternité sont venus ajouter quelques zéros sur mon boulier, comme quoi, compter peut vous faire perdre la tête.

Mon boulier est l’ancêtre de vos ordinateurs, quel mot barbare… il me plaît.

Votre langage est binaire, on me disait plutôt primaire.

Vous chattez sur le web,  immensité virtuelle, vous zappez.

Moi je galopais sur la steppe, immensité bien réelle, je sabrais.

Vous êtes légions, j’avais les miennes.

Vous aiguisez vos plumes virtuelles pour écrire, j’aiguisais mes lances bien réelles pour occire.

Finalement on se ressemble, hun, qu’en pensez-vous, voire quand pensez-vous ?


Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Dimanche 2 décembre 2007
Ce texte sans prétention répond à une contrainte.
Faire peur, un reste d'halloween tout en plaçant un certain nombre de mots.

Arthrose, stupide, acharner, résister, école, talent, dictionnaire, bleu, pain, agréer.

Oui, c'est pas moi qui les ai choisis.

Voici le texte :

C’est de l’Art, Rose, de l’Art. Et tu n’y comprends rien, serais-tu stupide Rose. La pauvre femme, prostrée, s’est réfugiée dans un angle de la pièce, elle est couverte de bleus, il la bat.

Quelque soit son humeur il s’acharne sur elle et plus elle lui résiste plus elle prend des coups. Comment a-t-elle pu tomber dans les griffes de ce monstre. Elle se rappelle l’avoir aimé, c’était il y a si longtemps. Jeune et insouciante, elle était tombée sous son charme. Lui, grand, de belle prestance, était son professeur à l’école des beaux arts. Il lui avait écrit, une lettre fort bien tournée. Il lui trouvait du talent et lui proposait des cours particuliers pour l’aider à progresser. La lettre se terminait par une formule qui l’avait enchantée. Veuillez agréer, Mademoiselle, l’expression de mes profonds sentiments.

Les cours particuliers avaient rapidement pris une allure de course folle autour du mobilier de l’atelier de l’artiste. Puis, sans doute lassé par la belle, peut-être aussi pour se venger de l’arthrose qui le faisait souffrir, il s’était mis à la battre. Au début, de simples claques, puis des pains, comme dans les films de gangsters, sauf que là, elle les sentait passer les pains. Un jour il lui demanda un dictionnaire et la frappa à l’estomac, avec le dico, mais c’était moins efficace que l’annuaire des flics, alors il avait préféré la batte au dictionnaire.

Aujourd’hui, c’est plus sérieux, il tient un couteau de cuisine à la main et son regard ne laisse aucun doute à la pauvre Rose abattue.

Tout à coup elle se met à crier :

- On est en décembre. C’est le 2, aujourd’hui

Il la regarde presque amusé

- Et alors !

- Tu nous joue la scène de novembre… Tu aurais déjà du poster ton texte.

Il pâlit. Il semble se décomposer, se liquéfier

- Tu es sûr ?

- Evidemment, regarde, je n’ai plus de bleus, je suis en pleine forme, je n’ai plus peur.

- C’est vrai ! Qu’est-c que je vais devenir ?

- Ca mon bonhomme, il fallait y penser avant.

Elle s’est levée prestement et lui prend le couteau des mains.

- Tu verras avec le Webmaster.  Ajoute-t-elle en se retournant pour quitter la pièce.

- Oh non ! Pas le Webmaster !

Il s’effondre à genoux.

- Je t’en prie, ne me laisse pas affronter le Webmaster

Elle revient vers lui et le contemple avec une certaine pitié.

- Tu as placé tous les mots, au moins.

- Oui, je crois il me manque juste potiron

- Non potiron ce n’est pas nécessaire, que veux-tu que je fasse ?

- Je ne sais pas ! Mais ne me laisse pas affronter le Webmaster.

Elle s’agenouille devant lui et lui prend la tête entre les mains.

- Tu fais moins le malin, maintenant. Quand je pense qu’à deux jours près, tu aurais pu me saigner pour la bonne cause. T’es vraiment con.

D’un geste sec, elle lui brise les vertèbres. Comme dans les films chinois à deux balles. Puis à l’aide du couteau, elle s’applique à détacher le chef du reste du corps sans vie. Mieux que dans les films chinois mais pas évident.

Elle emballe la tête, laissant au sol un corps encore chaud, d’où s’échappent encore quelques flots d’un liquide visqueux.

- Voilà ! Le Webmaster sera content. On lui devait bien ça ! Vu le retard.



Note : Chef n'est plus usité pour désigner la tête, mais c'est mon blog après tout...


Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Mardi 27 novembre 2007


L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Merci Victor.


- Qu’est-ce que tu fais là, dans une caisse en bois, à six pieds sous terre ?

- Je dors, et j’aimerais qu’on me foute la paix, on m’avait promis le repos éternel.

 

 

- Ca va, ne râle pas, l’éternité c’est long, tu vas finir par t’ennuyer.

- Je ne suis enterré que depuis cinq minutes que déjà tu viens m’enquiquiner !

- Elle est bonne celle-là, cinq minutes, mais cela fait déjà cinq ans que tu croupis dans ta caisse en bois.

- Et bien comme cela, l’éternité passera plus vite. Et puis ferme la porte, il ya des courants d’air.

- Courants d’air ! Ce sont des trous de vers dans ta vieille carcasse. Je te laisse.

Le temps passe donc si vite, quand on est mort, pourtant j’ai du mal à trouver le sommeil, des images qui me reviennent perpétuellement. Il me manque un peu.

- Salut ! Me revoilà ! Comment te sens-tu ?

- C’est un peu long, je l’avoue. Ca me gratte dans le dos, et je n’arrive pas à me retourner.

- Tu m’étonnes, te retourner, ça ne s’est jamais vu, quoiqu’on en dise. C’est dans ta tête tout ça, enfin, façon de parler. Tiens j’en vois un.

- Tu vois quoi ?

- Un ver.

- Ou ça ?

- Dans ton orbite gauche.

- C’est écœurant !

- Pas beau à voir ! Mais ça va bien avec le reste.

- C’est peut-être ça un œil de « ver » !

- Mais tu n’as pas perdu ton sens de l’humour ! C’est bien, ça conserve.

- Ca fait combien de temps, maintenant ?

- Plus ou moins cinq siècles. Tu trouves toujours que cela passe vite ?

-  Non ! C’est mortel ici.  Mais, tu es qui toi ?

- Ah, la question que je redoutais, il fallait bien que tu la poses un jour. Je suis ta conscience.

- Ma conscience ! Que fais-tu ici ?

- Pareil que toi, je tue le temps !

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Humour
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Mercredi 31 octobre 2007

Nous prenons à témoin ces forces qui nous entourent, qui se moquent de nous.

 
Trois jours qu’il pleut. Trois jours d’orage, de vent, de tempête.
Je suis là, au chaud, à siroter mon thé sucré, à regarder l’eau glisser sur les carreaux.
Je regarde par la fenêtre, les éléments se déchainent mais mon regard se perd dans le vide. Je regarde au-delà des arbres qui ploient, au-delà de la forêt qui gémit.
A quoi je pense ? A rien, à toi.
Je voulais être ton légionnaire, pour toi sentir le sable chaud. Une larme coule sur ma joue, mon regard s’embue. Dans un soupir, je porte la tasse à mes lèvres. Un éclair, comme un signal, me sort de ma torpeur, les gouttes de pluie brillent dans la lumière du feu du ciel comme un millier de diamants. Mais toi tu es partie, scellant ainsi notre rupture. L’orage est l’artisan de ma triste rêverie. Comment définir l’état dans lequel je me trouve. Tolérance, n’est plus pour moi, qu’un mot creux, j’enrage, je souffre et je t’en veux. Dehors la tempête fait rage mais c’est au-dedans de moi qu’elle semble maintenant s’insinuer, mon estomac se noue, mon regard se noie, le désespoir me submerge. Tu es partie, emportant avec toi le meilleur de moi.
Le vent qui souffle, la pluie qui frappe, qui détrempe et qui noie, l’orage qui tonne et zèbre le ciel se moquent bien de mes états d’âmes.


 

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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