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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:36
Scoop ou pas scoop.

Je ne suis certainement pas le premier à lire ceci, mais tout le monde n'est peut-être pas encore au courant, et pour une nouvelle, c'est plutôt une bonne nouvelle.
Voici ce que vous pouvez découvrir sur le web.


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Fulgures.com

Non vous ne rêvez pas...
Fulgures est bien en train de renaitre de ses cendres (mais pas en Belgique comme nous l'avions prévu).
Pour le moment le site est fermé car tout n'est pas encore au point, mais nous devrions pouvoir vous recevoir courant février (si tout se passe bien).
Comme dirait l'autre, stay tuned !
Signé Furax (& cie)

Par Gerard Menvussa
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:27
Que l'on parle de  chat ou d'autre chose !



Matez ma tique.

 

Matez ma tique dit le chat revenant de son escapade. On ne compte plus il est vrai les jours ou je reviens sans tant il est difficile de trouver un nombre adéquate entre un et zéro. Et oui, même moi, chat, ça je peux comprendre. Et l’on dit que les chats ne savent pas compter… Au moins jusqu’à neuf, c’est plus prudent si l’on veut économiser la dernière… Economiser sans intérêt, aucun intérêt me direz-vous ! Aucun intérêt, parlez pour vous, j’y tiens à cette dernière vie. Mais non, suis-je bête, vous ne me direz rien, les chats ne savent pas parler et ne comprennent pas le langage des hommes. Là, c’est vous qui faites preuve d’un esprit limité, d’une incohérence, vous me prenez toujours à témoin et me conter les exploits ou mésaventures de votre journée. Vous voyez, j’ai des lettres. Evidemment vous ne croirez jamais que c’est moi, le chat, qui ai écrit ces lignes, et pourtant en vérité je vous le dis… Mon Dieu quelle envolée, je plagie, preuve s’il en fallait encore  que ma culture ne se borne pas à l’aspect culinaire.

Mais revenons-en à ma tique. Ayez l’obligeance, je vous prie de daigner me l’enlever, car si je peux, parler, écrire, compter quoique vous en pensiez, il m’est bien difficile de la décrocher seul.

Je vous sens rebuté par cette action pourtant simple à réaliser. Peut-être trouvez-vous que la chose se répète un peu trop souvent… Comment ça, une hache, mais vous êtes fou mon ami, faites donc attention ;

Ca y est, vous m’avez détaché le chef du reste du corps. C’est malin ! Certes la méthode est radicale pour m’extraire cette terminaison dont j’étais affublée, mais j’estime que les dommages collatéraux sont disproportionnés. Qu’importe il m’en reste huit. Ne bougez pas, je prends ma tête sous le bras, enfin sous la patte, enfin comme je peux… déjà que je me suis fait rouler, je ne vais pas en rajouter en la poussant sur le sol. Comment ça, non ! Je n’en ai plus huit ! Sept alors ! Non plus ? Ni six, ni cinq ?

C’était la dernière ?

C’était la seule ! Vous voulez me faire peur !

C’était une légende …

Chat alors !

Vous auriez pu me prévenir. Donc, vous m’avez occis pour de bon, façon de parler, rien de bon pour moi la dedans.

Bon je prends ma tête et m’en vais mourir ailleurs.

Je suis déjà mort ! Mais je parle encore.

Ca ne se fait pas ! je suis un chat mal élevé… Il est vrai que je me sens un peu abattu.

Mais c’est de votre faute si je parle encore, vous donnez toujours votre langue au chat.

 

Vous savez quoi !   Vous êtes un chalaud !

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Humour
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:24
Un accident est si vite arrivé !



Son verre n’a pas atteint le mien. Le mouvement s’est figé, nous n’avons pas trinqué. La musique s’est arrêtée brutalement. Je me sens léger, il me semble quitter mon corps, prendre de la hauteur, du recul ; La scène m’apparaît maintenant dans son ensemble. Tous sont figés, moi de même. La pendule s’est arrêtée elle aussi. Elle marque exactement minuit.

Les douze coups venaient juste de résonner quand ce phénomène s’est produit.

Un juron déchire le silence et un personnage venu de je ne sais où, fait irruption dans la pièce. D’un coup je suis réintégré dans mon corps. Je pose mon verre et me tourne vers l’intrus.

- Je peux faire quelque chose pour vous ?

Surpris, il a un mouvement de recul.

- C’est vous !

- Oui, c’est moi ! On se connaît ?

- C’est vous le détraqueur !

- C’est vous le détraqué !

- Ne riez pas jeune homme !

- Oh ! Là vous marquez un point, vous me flattez, cela fait au moins vingt-cinq ans qu’on ne m’a plus appelé jeune homme.

Ma remarque le fait très légèrement sourire.

- Qu’est-ce donc que cinquante ans, que cent ans, cinq cents ans ! Voyez-vous, jeune homme, j’ai plus de trente mille ans.

C’est à moi de sourire, pour sûr, j’ai à faire à un fou.

-  Vous vous êtes échappé de quelle administration ?

Mais déjà, il change de sujet.

- C’est vous qui avez détraqué le temps.

- Comment ça, j’ai détraqué le temps !

Et, lisant l’incrédulité sur mon visage, il ajoute :

- Je ne vous parle pas du temps qu’il fait mais du temps qui passe.

- Ca me dépasse un peu. Dis-je en me grattant le sommet du crâne.

- Qu’ai-je donc bien pu faire pour détraquer le temps.

- Vous avez saisi l’instant.

- J’ai quoi ?

- Vous avez saisi l’instant, l’ultime seconde de l’année qui se terminait, vous l’avez saisie. Au lieu de vous contenter de fêter la nouvelle année vous vous êtes concentré sur cette dernière seconde et vous avez figé le temps.

- Je ne comprends pas grand-chose à la situation, mais force m’est de constater que mes proches, mes amis, toujours figés dans ces postures qui frisent le ridicule, semblent accréditer la thèse de mon invité surprise.

Je me hasarde à poser une question :

- Combien de temps cela va-t-il durer ?

Mon inconnu se met à rire de bon cœur. Je ne vois pourtant pas ce qu’il y a de drôle dans ce que je viens de dire.

- Comment voulez-vous que cela dure, puisque le temps est arrêté.

Je m’emporte un peu.

- Merde ! Vous avez très bien compris ce que je veux dire. Ne pouvez-vous remettre le temps en marche ? A quoi servez-vous à la fin ?

Je crois qu’il n’a que faire de ma colère. C’est un technicien, il a constaté la panne il doit réparer et mes états d’âmes ne le touchent guère. Pour me répondre, il a repris un ton froid impersonnel, sans animosité, sans compassion.

- La chose n’est pas si simple, vous avez arrêté le temps en ce point de l’espace vous l’avez donc modifié en tous points de l’espace mais de façon inégale. Vous avez créé une distorsion. Si je me contente de relancer le temps, l’effet sera catastrophique. Il est indispensable que je vous renvoie dans le passé ; disons d’une unité.

- C’est quoi une unité ?

- Une de vos années. Je vais vous renvoyer à la seconde près au 31 décembre 2006 à minuit.

- Vous voulez dire que je vais me retaper toute cette année 2007, bigre c’est de loin la pire de mon existence. Est-ce que j’aurai conscience de ce doublement ?

- Laissez-moi réfléchir… Je pense que c’est préférable, à vous de faire attention et de ne plus vous concentrer sur cette ultime seconde.

Là-dessus le bonhomme s’éclipse.

Je m’attendais à entendre le tintement des verres qui s’entrechoquent, les voix, la musique, mais rien de tout cela ne se produit.

Mon bonhomme est de nouveau face à moi.

- Ca n’a pas marché ! Lui dis-je. Comme maître du temps vous me semblez avoir quelques lacunes.

- Ca a parfaitement marché. Regardez autour de vous.

Je jette un regard circulaire, tout me semble normal quoique anormalement figé. Un détail me chiffonne, le quel ? Patricia ! Que fait-elle ici ?

- Nous sommes le 31 décembre 2006 ?

- Effectivement ou plus exactement le 1er janvier 2007.

- Mais pourquoi tout est-il encore figé.

- Ce serait plutôt à moi de poser cette question, qu’avez-vous encore fait ?

- Non ! Mais c’est une manie que vous avez, de m’accuser. Je n’ai rien fait. Je n’ai pas saisi d’instant. Quelle idée de m’avoir renvoyé à ce même instant un an auparavant ! Comment faire pour ne pas avoir mon esprit occupé par cet instant !

-Bon ça va ! Mais pourquoi n’avez-vous rien dit avant ?

- C’est qui le spécialiste ? C’est vous, non ? Ce n’est tout de même pas à moi de préciser ce qu’il faut faire ou ne pas faire.

- Bon, d’accord, vous n’avez pas tout à fait tord, je vais vous renvoyer une unité en arrière…

- Stop ! Ca peut durer longtemps cette histoire. Avec tout ça je n’ai même pas bu une goutte de champagne. Vous ne pourriez pas me renvoyer quelques minutes en arrière plutôt que de travailler à l’année, ce qui ne résout rien !

- C’est que… C’est compliqué !

- Comment ça, compliqué !

- Je ne sais travailler qu’à l’unité, fractionner demande à réaliser des calculs savants.

- Des calculs savants ? Une règle de trois, vous ne savez pas faire ?

- De Troie ? De Troie je ne connais que le cheval et je ne vois pas en quoi cela peut nous servir !

- Laissez tomber les calculs, je m’en charge.

 

La fête bat son plein, les douze coups de minuit vont bientôt sonner. Nous allons passer en 2007.

 

2006 n’a pas été une bonne année, j’espère que les choses vont s’arranger en 2007.

On frappe à la porte, tout au moins c’est qu’il m’a semblé mais je suis apparemment le seul à avoir entendu.

Un petit bonhomme assez étrange m’attend sur le seuil. Il semble assez gêné de me déranger à quelques minutes de la nouvelle année.

- Je suis coincé !

- Pardon ?

- Je suis coincé dans votre temps…

Un cinglé, un original, un comique… A qui donc ai-je à faire ?

- Vous ne me reconnaissez pas ? Evidemment je vous ai renvoyé en effaçant tout souvenir, vu la catastrophe de votre premier retour en arrière.

Je ne sais pas quoi faire avec cet individu, je reste sans voix. Il n’a pas l’air méchant mais a tout du cinglé. Il récite une phrase compliquée, incompréhensible.

- Mais qu’est-ce que vous faites là, le temps n’est plus arrêté.

- Vous avez retrouvé la mémoire ! J’essaye de vous expliquer que je suis coincé dans votre temps.

Dans la salle à manger, les convives ont commencé le compte à rebours, nous allons changer d’année.

 

- Déjà !!! Retournez avec votre famille, oubliez tout. Vous ne me connaissez pas, vous ne m’avez jamais vu.

Je suis seul sur le pas de la porte, et je me demande ce que j’y fais… Oublier ! Ca résonne dans ma tête à m’en faire mal, sur fond de musique et du bruit de la fête. Qu’ai-je donc oublié ? j e me concentre sur l’instant, quelque chose m’échappe et ce bruit qui m’empêche de réfléchir !

Tout à coup le silence. Je retourne dans la salle à manger, curieux d’en connaitre la cause.  Arrêt sur image ! Jai du manquer quelque chose, tout le monde est figé, le temps semble s’être arrêté.

Un toussotement, je me retourne, un drôle de petit bonhomme se tient devant moi.

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:22

J’ouvre les yeux, elle est là et me sourit. Nous communiquons par signes maintenant. C’est notre septième entrevue. Je lui explique que cette année, ça me fait tout drôle de parler ainsi, je l’ai rencontrée à plusieurs reprises mais qu’elle ne m’a pas reconnu,  que le 22 décembre je l’ai même franchement abordée, essayant de lui faire comprendre que nous nous connaissions dans un autre « espace-temps » mais qu’elle m’a pris pour un fou et m’a chassé sans ménagement.

Elle rit, elle ne se moque pas de moi, elle rit tendrement. Au fait, elle s’appelle Delphine.

De nouveau je me retrouve chez moi. Elle n’a pas eu le temps de me donner la moindre explication. Cette nouvelle, ancienne année se déroule sans rien de bien remarquable. Je la vois régulièrement mais sans plus oser l’aborder, je ne comprends pas. Elle semble vivre le parfait amour, sa vie semble se dérouler normalement.

J’ai constaté un élément qui jusqu’alors était passé inaperçu. Je vieillis. Le phénomène est étrange. Le premier janvier, c’est la continuité avec le 31 décembre, mais après, tout s’accélère. Cette année je vais prendre huit ans en douze mois, et ça n’ira qu’en empirant. Ma femme commence à s’inquiéter d’autant que mon caractère devient, lui, de plus en plus difficile à supporter. Mais cette prise de conscience n’apparaissant encore qu’en fin d’année, elle n’a pas le temps de réagir que les pendules se remettent à zéro.

 

Vous êtes-vous déjà endormi en lisant un livre. Vous vous réveillez en sursaut, vous essayez de reprendre votre lecture, vous vous rendez compte au bout de trois lignes que vous avez déjà lu ce passage.

Pour moi, c’est un peu ce qui se passe. Je lis la bande dessinée de ma vie, mais je suis incapable de tourner la page et je relis indéfiniment la même double page. Je ne me contente pas de la relire je la revis.

 

J’ouvre à peine mes yeux qu’elle me fait déjà des signes. Elle me demande sur quelle année je suis bloqué. La question me semble incongrue tellement il est évident que ça ne peut être que 2007. Tout à coup je comprends où elle veut en venir, je lui réponds donc avec une crainte naissante.

A ma réponse je vois son visage qui s’assombrit soudain. Elle, c’est 2008 qu’elle revit inlassablement. Pas étonnent qu’elle ne puisse se souvenir de moi lorsque je la rencontre.

Nous sommes donc condamnés à un chassé-croisé surréaliste.

 

J’ai perdu tout espoir de sortir de ce piège temporel, l’année se passe, lui succède la même année. Une question m’assaille, question que je ne m’étais pas encore vraiment posée. En 2008, où suis-je ? La bande dessinée ne s’arrête pas au 31 décembre 2007 d’après ce que m’a dit Delphine.

Mais elle peut me le dire, elle, ce que je suis en 2008.

 

Delphine me regarde, des larmes coulent sur ces joues. Cette question, elle la redoutait, cela fait déjà longtemps qu’elle a la réponse mais elle ne voulait pas m’en parler. En 2008, je n’existe pas, en fait je suis mort dans cette fameuse nuit du nouvel an. Finalement ce piège me donne une espèce de sursis, un avant goût d’éternité.

 

Eternité, tout est relatif, je vieillis de plus en plus vite. Cette année je vais vieillir de 40 ans en douze mois. Autant dire qu’à partir de mars, ma femme va vraiment s’inquiéter. A partir d’octobre je vais devenir gâteux. Heureusement ma rencontre avec Delphine, si on peut appeler cela une rencontre se passe en début d’année soit avant que de commencer à vieillir.

 

J’ouvre les yeux, je suis seul. Delphine n’est pas là. C’est la cinquième fois que je me retrouve ainsi, seul. Evidemment, tout comme moi, elle vieillissait de manière accélérée. D’une façon ou d’une autre, elle n’a pas supporté. Au début je n’ai pas voulu y croire, au cours de l’année, la seule qui me reste, je l’oublie de plus en plus vite. Ce n’est que le 31 décembre que je retrouve ma lucidité.  Cette année je vais prendre soixante douze ans en douze mois. En Août, au plus tard, je serai à l’hôpital pour traitement contre le vieillissement accéléré, et avec un peu de chance en décembre ça se terminera. La dernière fois ils m’ont récupéré de justesse, les cons !

 

Et voilà, je suis mort le 26 décembre à 22heures 31. C’est précis. Il paraît que je faisais au moins 130 ans. Comme si quelqu’un pouvait savoir comment on est à cet âge là.

Mais il y a un hic. Je suis toujours là et sans Delphine. Comment a-t-elle fait pour échapper à ce sort.

Comment cela va-t-il se terminer ! Il faudrait que je puisse prendre cent ans dans la minute qui suit le passage à la nouvelle année… Ca finira bien par arriver !

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:19
Un chassé croisé dans le temps.



Je la regarde, les yeux embués. J’ai la gorge serrée, deux sentiments coexistent en moi en cet instant. Un sentiment de bonheur car je la vois avec cet espoir que je pourrais enfin… espoir vain. Un sentiment de désespoir et d’impuissance, car cette scène se répète à l’infini. Nos regards se croisent, nos doigts cherchent à toucher l’autre mais la barrière impalpable nous sépare implacablement.

 

 

C’est arrivé l’année dernière, le 31 décembre 2007, à minuit. L’année dernière, il y a une éternité. Je me suis trouvé comme éjecté de ma réalité, projeté dans un no man’s land, quelque part entre deux probabilités.

C’est là que je l’ai vue pour la première fois. Elle avait l’air perdue, tout comme moi. Je l’ai regardé évoluer, jusqu’à ce qu’elle m’aperçoive elle aussi. Elle est restée immobile, un court instant. Sans doute a-t-elle cru alors que j’étais responsable de sa mésaventure. Mais rapidement elle s’est rendu compte que, tout comme elle, j’évoluais en terre inconnue dans ce continuum discontinu, coupé de nos réalités respectives.

Nous avons mis le temps, curieuse façon de parler, mais nous sommes rapprochés. Nous nous sommes rapprochés presque à nous toucher. Mais, dans cette pseudo-dimension intangible, nul contact ne nous est permis. Nul son ne franchit le seuil de nos lèvres. Nous gesticulons chacun d’un côté de cette glace virtuelle qui nous sépare.

Nous nous voyons, nous communiquons par signes.

Notre première rencontre m’a semblé durer plusieurs heures. C’est notre tentative désespérée pour nous toucher qui me semble avoir été l’élément déclencheur du phénomène qui nous a rapatriés dans nos univers.

De retour parmi les miens, dans mon espace temps, je me suis rendu compte que mon absence avait duré l’instant d’un battement de paupière.

Nous étions alors le 1er janvier et il était 0 heure, 0 minute, 10 secondes.

C’est le lendemain en écoutant la radio que j’ai eu mon second choc, lorsque la speakerine annonça la date : « Le 1er janvier 2007 ».

Cette nouvelle année 2007, dont j’étais seul à savoir qu’elle se répétait fut un vrai cauchemar. Les évènements se déroulaient sans que je puisse faire quoi que ce soit pour les modifier. Là où je m’étais tordu le pied, je me le retordais. Mes gamins redoublaient tous leur classe, j’en étais seul conscient. Parfois, souvent même, j’avais des réflexions déplacées, se rapportant à des faits futurs dont seul j’avais la connaissance. A aucun moment je ne réussis à mettre à profit cette caractéristique fantastique qui faisait de moi une sorte d’étranger à mon propre monde.

La femme que j’avais aperçue s’estompait de mes souvenirs, me revenant parfois en songe. Elle me parlait alors, je l’entendais distinctement mais ne pouvais la toucher.

 

Arriva le 31 décembre 2007, le second de mon existence.

En famille, nous décomptons les dernières secondes qui nous séparent de la nouvelle année. Je ferme les yeux.

 

J’ouvre les yeux. Elle est là, devant moi, à quelques centimètres. Elle me sourit. Je souris à mon tour. Elle me souhaite une très bonne année mais je lis toute l’ironie de la situation dans son regard. Aucun son ne m’est parvenu mais j’ai lu sur ses lèvres. Elle a articulé lentement et me l’a dit en Anglais, en Espagnol, en Français… Et là je lui ai fait signe, pour qu’elle comprenne que le Français est ma langue, et elle a encore souri, me faisant comprendre que c’est la sienne également.

Notre seconde entrevue a durée sensiblement comme la première, je n’ai pas remarqué d’élément déclencheur. Je me suis retrouvé parmi les miens pour crier bonne année, mais je n’ai rien dit, je suis resté prostré pendant dix bonnes secondes. Je me rappelait qu’elle m’avait tant bien que mal communiqué des éléments pour la retrouver, son adresse, un numéro de téléphone, mais de même que les éléments d’un rêve s’estompent souvent dans les secondes qui suivent le réveil, je ne conserve d’elle que les traits de son visage. J’ai pris deux résolution pour cette troisième année 2007, apprendre le langage des signes et acquérir les techniques qui permettent de se souvenir de ses rêves.

Ma vie devient un calvaire. Mes relations avec mes proches se détériorent. Comment se passionner pour ce que l’on revit pour la troisième fois, alors que pour les autres tout semble nouveau. Je suis déphasé, au sens littéral du terme.


Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:16
Peau de banane dans le temps, voici que tout dérape!



Bonne année, Grand-mère !

La vieille femme me sourit, puis s’évanouie.

- Tu te sens bien ? Me demande Sylvie.

Je reste un cours instant comme perdu dans le vague de mes souvenirs.

- Grand-mère… C’est à Grand-mère que je souhaitais la bonne année.

- Mais ta grand-mère est morte il y a plus de six mois.

- Je sais, le 27 mai 2007, vers vingt heures. Pourtant elle était là devant moi et me souriait.

- Tu rêves tout éveillé, tant que tu ne vois que ta grand-mère ce n’est pas grave, je l’aimais bien, tu sais ! Oh ! Je te parle.

- Bonne année à toi aussi, vieux ! Et ne bois pas trop, tu sais que tu as le vin triste, ça nous gâcherait la soirée.

- Mais à qui tu parles à la fin !

- Ben à Fred.

- Mais quel Fred ?

- Ben Fred ! J’en connais qu’un. Tu sais bien l’année dernière au nouvel an il était bourré et pleurait en bout de table.

- Ah, c’est lui, Fred. Ben je te rappelle qu’il était tellement saoul, que tu n’as pas jugé bon de me le présenter. Alors ton Fred, connais pas !

- Bonne année Marc

- Dis, arrête voir de déconner maintenant, on n’est pas chez nous, je te rappelle que nous sommes invités. Tout le monde commence à te trouver bizarre.

- Je peux tout de même souhaiter la bonne année aux gens de ma famille et aux copains, quel mal y a-t-il à cela ?

- Mais tes copains ne sont pas là. Nous passons le réveillons du nouvel an chez ton patron, c’est pourtant toi qui a insisté pour y aller, qu’est-ce qui te prend ?

Je la regarde. Elle pète un plomb c’est sûr. Elle ne boit pas, j’espère que ce n’est pas grave. Elle m’inquiète vraiment, elle n’est pas du tout comme ça d’habitude. Mais ce soir elle ne parle à personne, elle me colle aux basques et me tient des propos incohérents.

Ecoute Sylvie ! Je ne comprends pas ce qui t’arrive, tu…

Marc me tape sur l’épaule.

- Pat ! Tu viens boire un coup ? Qu’est-ce que tu fous tout seul dans ton coin ?

- J’arrive, j’expliquais un truc à Sylvie et…

- Qui c’est Sylvie ? Elle est où ? Tu me la présentes ?

Je cherche Sylvie du regard. Elle vient de s’estomper et de disparaître sous mes yeux. Mon estomac se noue, ma gorge se serre, je suis pris d’un vertige, un voile noir. Plus rien.

- Oh ! Ca va mieux ?

Ils sont là, autour de moi à guetter mon retour parmi eux.

Philippe s’est penché sur moi, il est médecin.

- Ca t’arrive souvent ce genre de malaise ?

- Non ! C’est, je crois la première fois. Tout est devenu flou et puis hop ! Le voile noir.

- Bon, ça n’a pas l’air trop grave, fais la fête mais pas d’excès.

Sylvie est juste derrière Philippe. Je me lève, je la regarde.

- Où étais-tu passée ?

Elle paraît plutôt surprise.

Philippe intervient

- Vous vous connaissez ?

- Evidemment que je la connais…

Devant l’air abasourdi de Sylvie, je me tais d’un seul coup, conscient que si je continue, je vais aggraver mon cas.

- C’est la première fois que je vois…

- Pat ! Sylvie, je te présente Pat, un copain ! Pat je te présente Sylvie, ma petite sœur.

J’ai failli dire que je savais mais là encore, quelque chose m’a retenu.

- On est le combien ?

- Ben, le premier janvier, vieux, tu es tombé dans les pommes alors qu’on commençait à se souhaiter la bonne année.

- Premier janvier 2008 ?

- Non ! 2007 ! Faut en garder pour après, ne grille pas les étapes !

Premier janvier 2007. Comment est-ce possible. Hier, nous étions le 31 janvier 2007. Sylvie était à mes côtés. Je sors avec elle depuis le mois de mars. Neuf mois s’effacent de ma vie. Comment est-ce possible, hier… Quoi hier ! Qu’est-ce que j’ai encore.

Elle à l’air sympathique la petite sœur !

- Alors, Pat ! Ca ne va pas mieux ?

- Si, ne t’en fais pas Philippe, un truc coincé dans une dent creuse. Mais ça y est tout va pour le mieux. J’ai juste l’impression d’avoir fait un rêve étrange, mais je ne me rappelle plus de rien !

Au bout de la table, Fred broie du noir, il pleurniche, complètement saoul.

- C’est qui, le gars au bout de la table me demande Sylvie, restée seule à côté de moi.

- C’est Fred, un copain. Mais là il est bourré. Il ne supporte pas l’alcool, il a encore du abuser. Je te le présenterai une autre fois… au fait, on se dit « tu », ça ne te gêne pas !

Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /Jan /2008 09:12
Le temps qui s'écoule ne peut-il s'inverser de temps en temps.  Peut-on au fil du temps?


Bonne année !

Tout me semble ralenti et tout m’apparaît dans un brouillard. J’ai récité la formule trois fois comme prévu, pour rire, je n’y crois pas. Ma torpeur est due, sans aucun doute au champagne que j’ai bu sans modération pour me donner du courage.

Remonter le temps, quelle bêtise.

Je suis allongé sur le canapé. Ma tête ne tourne plus.

- Alors ça va mieux ? Me demande Philippe

- Oui, je te remercie, je ne sais pas ce qui m’a pris, la fatigue sans doute.

- Et la Mirabelle, le rhum, le Whisky…

- Non ! J’ai réellement bu tout ça ?

- Je rigole, notre médecin de faction a déclaré que c’était un malaise vagal, mais comme il est un peu bourré, je ne sais ce qu’il faut croire.

- Ben, ça va mieux, c’est le principal. Nous sommes en quelle année.

- Ah, ça, on ne t’a pas attendu, nous sommes le 1er Janvier 2007.

1er janvier 2007. Ca a marché, je me rappelle de ce premier janvier, franche rigolade toute la nuit. Génial ! Dans la poche de ma veste, le petit calepin dans lequel j’ai noté les dates importantes, les évènements à ne pas manquer, les personnes à rencontrer. A côté du calepin, je sens ma clé USB 4 Giga. Un tas de documents copiés, je vais me la jouer comme dans retour vers le futur n°2, mais en mieux.

Il faut que je vois mon gendre, on a préparé ensemble un scénario. Il m’a communiqué des éléments qu’il est seul à connaître pour que je puisse le convaincre de ce saut en arrière dans le temps, fort des informations que je lui apporte, de son expérience de ma connaissance du futur, on va faire un malheur.

J’aperçois ma fille en train d’embrasser un grand blond. Elle lui souhaite la bonne année sans doute mais de là à l’embrasser sur la bouche… Elle chie dans la colle !

Je me dirige vers elle, assez en colère, il ne manquerait plus qu’elle fasse capoter mes projets avec son mari… Je l’apostrophe.

- Dis, ça te prends souvent de rouler des patins en publique à des inconnus.

Elle me regarde étrangement

- T’as bu ou c’est une blague !

- Le grand blond, qui c’est ?

- Ben c’est Serge, mon mari… Va te recoucher, ça ne va pas mieux du tout.

Elle s’éloigne de moi, rejoins son …mari, le grand blond.

Une femme vient de me prendre par le bras.

- Ca ne va pas chéri ?

Je la regarde, passablement gêné… Ce n’est pas ma femme

Perplexe, je me hasarde à questionner Philippe

- Qui c’est la brune là bas ?

- T’es un marrant toi ! C’est ta femme mon vieux, tu me diras à quel moment je dois rire… t’es tout de même pas devenu amnésique !

- Mais ce n’est tout de même pas la mère de ma fille.

- Mais tu pète un câble ! Ca fait trois ans que tu as divorcé d’avec ton ex, maintenant, si la nouvelle ne te plaît pas je peux me dévouer.

Philippe me tape sur l’épaule et s’éloigne, visiblement soucieux.

Je sens que la panique me gagne. Qu’est-ce donc que ce passé là, qu’a-t-on fait à « Mon Temps ».

Qu’est-ce que c’est que cette farce !

Tétanisé par ce qui m’arrive, complètement perdu, je me mets presque inconsciemment à réciter la fameuse formule magique, une fois, deux fois, trois fois…

Bonne année !

Tout me semble ralenti et tout m’apparaît dans un brouillard. J’ai récité la formule trois fois comme prévu, pour rire, je n’y crois pas. Ma torpeur est due, sans aucun doute au champagne que j’ai bu sans modération pour me donner du courage.

Remonter le temps, quelle bêtise.

Je suis allongé sur le canapé. Ma tête ne tourne plus.

- Alors ça va mieux ? Me demande Philippe

- Oui, je te remercie, je ne sais pas ce qui m’a pris, la fatigue sans doute.

- Et la Mirabelle, le rhum, le Whisky…

- Non ! J’ai réellement bu tout ça ?

- Je rigole, notre médecin de faction a déclaré que c’était un malaise vagal, mais comme il est un peu bourré, je ne sais ce qu’il faut croire.

- Ben, ça va mieux, c’est le principal. Nous sommes en quelle année.

- Ah, ça, on ne t’a pas attendu, nous sommes le 1er Janvier 2007.

1er janvier 2007. Ca a marché, je me rappelle de ce premier janvier, franche rigolade toute la nuit. Génial ! Dans la poche de ma veste, le petit calepin dans lequel j’ai noté les dates importantes, les évènements à ne pas manquer, les personnes à rencontrer. A côté du calepin, je sens ma clé USB 4 Giga. Un tas de documents copiés, je vais me la jouer comme dans retour vers le futur n°2, mais en mieux.

Il faut que je vois mon gendre, on a préparé ensemble un scénario. Il m’a communiqué des éléments qu’il est seul à connaître pour que je puisse le convaincre de ce saut en arrière dans le temps, fort des informations que je lui apporte, de son expérience de ma connaissance du futur, on va faire un malheur.

J’aperçois ma fille en train d’embrasser un grand blond. Elle lui souhaite la bonne année sans doute mais de là à l’embrasser sur la bouche… Elle chie dans la colle !

Je me dirige vers elle, assez en colère, il ne manquerait plus qu’elle fasse capoter mes projets avec son mari… Je l’apostrophe.

- Dis, ça te prends souvent de rouler des patins en publique à des inconnus.

Elle me regarde étrangement

- T’as bu ou c’est une blague !

- Le grand blond, qui c’est ?

- Ben c’est Serge, mon mari… Va te recoucher, ça ne va pas mieux du tout.

Elle s’éloigne de moi, rejoins son …mari, le grand blond.

Une femme vient de me prendre par le bras.

- Ca ne va pas chéri ?

Je la regarde, passablement gêné… Ce n’est pas ma femme

Perplexe, je me hasarde à questionner Philippe

- Qui c’est la brune là bas ?

- T’es un marrant toi ! C’est ta femme mon vieux, tu me diras à quel moment je dois rire… t’es tout de même pas devenu amnésique !

- Mais ce n’est tout de même pas la mère de ma fille.

- Mais tu pète un câble ! Ca fait trois ans que tu as divorcé d’avec ton ex, maintenant, si la nouvelle ne te plaît pas je peux me dévouer.

Philippe me tape sur l’épaule et s’éloigne, visiblement soucieux.

Je sens que la panique me gagne. Qu’est-ce donc que ce passé là, qu’a-t-on fait à « Mon Temps ».

Qu’est-ce que c’est que cette farce !

Tétanisé par ce qui m’arrive, complètement perdu, je me mets presque inconsciemment à réciter la fameuse formule magique, une fois, deux fois, trois fois…



Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 00:47
Voici un texte écrit  sur le thème  du temps  qui  rebrousse chemin. Un  1er  janvier  2007  pour  faire  suite  au 31  décembre  2007.  Oui,  vous avez bien lu , il n'y a pas de faute de frappe.


- Bonne année

- Bonne année à toi, que 2007 te soit favorable, qu’elle t’apporte le bonheur et la réussite.

- 2008 ! Pas 2007

- Non ! Ne cherche pas à griller les étapes, on vieillit bien assez vite comme ça. 2007, ça me va à moi. Qu’est-ce que tu as bu ce soir ?

Je regarde ma coupe, champagne brut millésimé. Sur la table, un verre de blanc à moitié vide et un verre de rouge à peine entamé. La nouvelle année nous a rattrapés alors que la dinde se préparait à passer à table.

2007, 2008… C’est curieux cette idée que nous passions en 2008. Bon je dois poster mes vœux à… Comment s’appelle-t-elle ? Alors ça c’est le comble si j’oublie le nom de mes… de mes quoi ? Mais qu’est-ce qui m’arrive

- Bonne année

- Bonne année à toi Sophie.

Sophie c’est l’ex de mon frère ils ont divorcé en Août 2007. Mais qu’est-ce que je raconte moi, c’est fou ! Putain, j’ai du boire un verre de trop, j’ai la tête qui tourne tout à coup et je me sens barbouillé. Attention de ne pas tomber la consolidation de ma fracture du tibia est encore bien récente… Fracture du tibia ! Mais je ne me suis jamais rien cassé… Non d’un chien ça ne va vraiment pas.

Je vais aller m’étendre un peu.

- Bonne année.

- Bonne année.

Elle m’a surpris avec son « Bonne année » Je crois que je m’étais endormi.

On me remplit ma coupe de champagne. Ca tombe bien, j’ai une de ces soifs !

Mon oncle fait un discours… Ca lui prend de temps en temps. Il est passablement éméché et s’est levé avec bien du mal pour l’occasion, s’appuyant d’un poing sur la table ; posture du gorille… Il n’en a pas la carrure.

- … Et que 2006 vous apporte à tous du bonheur, du pèse et des femmes.

Sacré tonton, ma tante lui fait les gros yeux, il trinque, vide son verre et retombe assis. Bah, c’est la fête.

Mon frère s’approche. Il vient juste d’arriver, légèrement en retard, mais qu’importe. Il me présente la jeune femme qui l’accompagne

- Sophie, mon frère Patrick.

Elle est plutôt jolie, un peu timide, il me semble la reconnaître et je ne sais pourquoi j’ai failli dire encore.

La tête me tourne.

- Bonne année mon chéri

Ma Maman me serre dans ses bras. Elle me tend un cadeau.

J’adore les cadeaux, c’est une bande dessinée, le dernier Astérix. La serpe d’or. C’est génial, nous sommes en 1963, une bonne année qui commence.


Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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Dimanche 9 décembre 2007 7 09 /12 /Déc /2007 10:31
Ce texte est dédié à l'attention d'un confrère de plume  qui a osé, un jour, me comparer  à Brown. Pauvre  Frédéric.
Ceci étant, je le remercie, car c'est bien sympathique, même si j'ai bien été obligé de lui conseiller d'acheter des lentilles, ou autres légumes secs.


Ce samedi là, j’étais seul à la maison, un week-end de vacances, la petite famille étant partie se ressourcer à la campagne.

Je m’apprêtais à passer une soirée de rêve devant la cheminée, un pack de bière,  un bon livre, le pied ! Je m’étais même préparé un petit plateau repas, histoire de n’être pas obligé de me lever au milieu d’un chapitre palpitant. Le roman, Noires racines de Pierre Pelot, un de mes auteurs fétiches[1].

Dehors il faisait nuit noire et le vent dansait une sarabande. C’était le week-end d’halloween, une ambiance propice à ma lecture.

On sonna à la porte, bon, à la fenêtre c’eut été plus inquiétant. Machinalement je regardai la pendule 11h45. Qui cela pouvait-il bien être ? Je me levai, rassuré par mon mètre quatre vingt dix, mes cent dix kilo, mes ceintures noires de judo et karaté[2], quand je pense qu’étant jeune j’aurais pu être la doublure de Bruce Lee, en fait il ne me l’a jamais demandé[3]. Bref j’allai ouvrir.

Quelle ne fut pas ma stupeur, sans tremblement, s’il vous plaît, de me trouver face à un fantôme ; enfin, un drap avec un masque style « Scream ».

Les deux cannettes de bière, déjà ingurgitées aidant, je m’enhardis et demandai :

- C’est pourquoi ?

En réponse j’eu le droit à un rire gras.

- Bon, je sais, c’est halloween mais je n’ai pas de bonbons.

Une voix me répondit alors

– Une bière m’ira très bien.

La voix était étrange, allant du grave à l’aigu, une voix déguisée. J’étais victime d’une farce et j’avais envie de rentrer dans le jeu.

J’invitai mon fantôme et lui indiquai le salon.

Comme il me précédait, je remarquai sa démarche légère, il semblait glisser, aérien.

Tout de suite il me vint à l’esprit qu’une femme s’était glissée sous ce drap, peut-être n’avait-elle que ce drap comme vêtement.

Cette idée m’amusa et m’excita un peu. Mais je voulais jouer le jeu sans prendre aucun raccourci.

Je proposai à mon fantôme de s’asseoir sur le canapé, ce qu’il fit avec une légèreté déconcertante. J’imaginai ce petit bout de femme, nue sous son drap, assise sur ses jambes repliées. Nous trinquâmes, une canette à la main, comme des hommes. Je souriais.

- Quel brise vous amène Monsieur le fantôme ?  Dis-je d’un ton enjoué

Alors que j’attendais la réponse, j’essayais de deviner quelle voisine, quelle connaissance avait bien pu se dissimuler ainsi.

- Je suis le fantôme de Frédéric Brown, vous vous doutez, je pense, de la raison de ma présence ?

La voix avait gagné en assurance mais oscillait toujours sur deux ou trois octaves.

Je pris mon ton le plus docte et répondis :

- Non, je ne vois vraiment pas ce qui me vaut l’honneur de votre présence très cher Frédéric.

J’avais bien appuyé la fin du prénom, comme s’il y avait un « e » histoire de lui faire comprendre que je n’étais pas dupe.

- Vous avez une certaine audace, Monsieur…

- Menvussa, Gérard Menvussa !

Mon fantôme pouffa de rire. Je jouai les outragés

- Qu’est-ce donc qui vous amuse à ce point, mon nom serait-il comique ?

Mais il se ressaisit et continua

- Pensez-vous, qu’il soit correct,  de vous faire passer pour moi, cet hurluberlu qui compare votre médiocrité à mon talent ! Pensiez vous que je ferais la sourde oreille.

La discussion prenait un ton auquel je ne m’attendais pas, cette coquine veut se la jouer, me dit une petite voix dans ma tête. Un point cependant se heurtait à ma raison, comment pouvait-elle être au courant du mail que j’avais reçu ce matin même.

 

 

N’ayant pas de réponse satisfaisante et désireux de tenir mon rang dans cette joute oratoire je préfère ne pas en tenir compte ; il y a une explication que l’on découvrira en temps voulu.

- Cher Frédéric, je vous trouve bien hautain, mon talent s’il n’égale pas encore le vôtre ne mérite cependant pas que vous traitiez de la sorte.

La fantomette, car il ne fait plus aucun doute que c’est une femme, la voix en s’accélérant a perdu toute tonalité masculine, se radoucit.

- Soit, vous ne manquez pas de répartie, il y a quelques idées plaisantes, néanmoins de là à vous comparer à moi !

- Cher Frédéric, sachez que je ne contrôle pas les élans de sympathie des auteurs de ce site.

- De ce quoi ?

- De ce site, sur le Web, vous savez…

- Non, je ne sais pas et cessez de me prendre pour un demeuré, qui est ce Web, un ami à vous ?

Je commençais à trouver la plaisanterie un peu lourde, mais bon, un jeu est un jeu. Je m’armais de patiente et expliquais ce qu’étais le web. J’avais la curieuse impression de faire un cours à l’idiot du village, mais un idiot qui s’exprimait parfaitement et qui de surcroit me semblait posséder une culture générale hors du commun pour tout ce qui pouvait avoir plus de quarante ans d’âge. D’ailleurs à ce propos il abandonna la bière pour passer au whisky, et ce après trois canettes. Je continuais à la bière.

La bière, si elle vous soule moins vite que le whisky, vous donne des envies pressantes ; je m’excusais donc un instant, me demandant soudainement, alors que j’étais occupé par ailleurs, s’il était bien prudent de la laisser seule dans le salon.

De retour, je constatais que mon fantôme avait quitté le canapé pour étudier le contenu de ma bibliothèque. Les œuvres de  F. Brown y figuraient en bonne place et mon invitée semblait toute contente de les y trouver. Je ne pus m’empêcher de penser qu’elle était un peu déjantée en espérant qu’elle ne soit pas en plus cleptomane.

- Mais je vois que vous possédez mon œuvre complète !

- Oui, Frédéric Brown est en effet un de mes auteurs préférés et siège en bonne place à côté de Dick, Asimov, Curval, Steiner…

- Oui, oui ! Tout ça est très intéressant et plaide en votre faveur.

Des faveurs, allait-on enfin aborder le vif du sujet ?  Par le plus grand des hasards, mon regard se porta alors sur le coin de canapé que mon hôte avait précédemment occupé. Quelle ne fut pas ma colère en constatant que la belle, ou supposée telle, s’y était outrageusement oubliée. Me rapprochant alors je pus sentir l’odeur de la bière mélangée à celle du whisky.

Mon sang ne fit qu’un tour, au diable les fantasme, il est des réalités qui ne passent pas.

Je me précipitais vers elle en l’invectivant.

- Si vous ne supportez pas l’alcool, ne vous croyez pas obligée de faire semblant et de tout me balancer sur le canapé. Et puis carnaval, c’est passé, bas les masques !

Je lui arrachais sa pâle figure en pvc véritable.

- Vous pourriez au moins….

Je reculais d’un pas, tétanisé, mon cœur passa subitement la troisième.

- Et alors ! Vous vous attendiez à une tête de mort ?

- Je, je…

- Je suis mort en 1969, soyez heureux de n’avoir affaire qu’à mon âme, qu’à mon esprit, ma dépouille serait quant à elle fortement repoussante.

 

Vous me croirez ou non, mais la suite de la soirée qui se prolongea  jusqu’aux aurores fut des plus agréables. Nous dissertâmes (Fallait le placer celui là) de choses et d’autres, de littérature, de l’évolution de la société, des nouvelles inventions et découvertes.

Le coq chanta. Un coq, un vrai, lançant un cocorico retentissant ; c’est à croire qu’il l’avait apporté avec lui car je n’en connaissais pas dans le voisinage.

Je reconduisis le fantôme de Frédéric Brown jusqu’au seuil de ma demeure et le vis, ému, se fondre dans les brumes du petit matin.

Cette histoire, véridique s’il en est, laissera dans ma mémoire un sillon profond que le temps ne saura effacer.

Oh toi qui te reconnaitras sûrement, ceci dit sans aucune rancœur, méfie toi si tu me compares encore à quelque auteur.

Frédéric possédait un humour, humour posthume, que d’autres n’auront peut-être pas.



[1] Véridique.

[2] Totalement faux : 1m80 et ceinture de pantalon à deux crans.

[3] On peut rêver !




Par Gerard Menvussa - Publié dans : Humour
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 23:19

L’informatique, le Web, pas toujours très « Net ».

Fulgurance de la communication, tiens un petit clin d’œil.


Je suis Attila roi des Huns, AT pour les intimes.

Roi des uns et des autres aussi.

Des uns et des zéros, c’est fou ce qu’il y en a parmi mes Huns.

J’ai inventé l’hunformatique, hunformation hunformelle.

Je vous sens septique, hun que ça pue le scepticisme !

Mes rapports avec autrui et avec vos truies aussi, n’ont rien de virtuels.

Là où je passe l’herbe ne repousse pas, à ce que l’on dit. Mais l’herbe on s’en moque, j’ai arrêté de fumer. Les têtes ne repoussent pas non plus et c’est beaucoup plus parlant… oui une tête qui tombe, ça me parle à moi.

J’ai inventé le boulier, un grand châssis en bois avec brochettes de têtes pour apprendre à compter. Quelques esprits chagrins ne reconnaissant pas, pour cette invention, ma paternité sont venus ajouter quelques zéros sur mon boulier, comme quoi, compter peut vous faire perdre la tête.

Mon boulier est l’ancêtre de vos ordinateurs, quel mot barbare… il me plaît.

Votre langage est binaire, on me disait plutôt primaire.

Vous chattez sur le web,  immensité virtuelle, vous zappez.

Moi je galopais sur la steppe, immensité bien réelle, je sabrais.

Vous êtes légions, j’avais les miennes.

Vous aiguisez vos plumes virtuelles pour écrire, j’aiguisais mes lances bien réelles pour occire.

Finalement on se ressemble, hun, qu’en pensez-vous, voire quand pensez-vous ?


Par Gerard Menvussa - Publié dans : Contrainte
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